A. VAILLANT & S. MEYER // COPERNI

De leur dualité est née leur complémentarité. Un amour des traditions mêlé à un regard avant-gardiste et définitivement futuriste sur la mode. Rencontre avec Sébastien Meyer et Arnaud Vaillant, créateurs de Coperni.

MONNIER Frères : Qui se cache derrière Coperni ?
Sébastien Meyer : Nous sommes tous les deux les cofondateurs de Coperni, Arnaud qui s'occupe de la partie business, organisation, et moi, de la partie création.

M.F. : Créer en duo c’est prendre le risque que l’un soit plus mis en avant que l’autre, ce qui n’a pas l’air d’être le cas avec vous. Comment fonctionnez-vous au quotidien ?
S.M. : C’est très naturel, c’est une conversation sur chaque détail, sur chaque décision qu’on doit prendre.
A.V. : On se respecte énormément et on est tous les deux porte-parole de cette marque...
S.M. : ...Et puis on n’aime pas trop le côté designer star donc la marque porte le nom. C’est plus l’idée d’une aventure, d’un collectif.

M.F. : Et d’ailleurs, comment vous est venue l’idée de lancer Coperni, dont le nom est un hommage à Copernic ?
S.M. : Ça s'est fait très naturellement. On a lancé Coperni un petit peu après l'école, où l’on s'est rencontrés. Arnaud travaillait dans d'autres maisons, et moi j'avais envie de créer. Du coup, on a commencé à faire quelques vêtements, puis il a fallu trouver un nom.
A.V. : On trouvait que Coperni sonnait bien dans toutes les langues. Et au delà de ça, on aime tout ce que ça raconte en termes d'imaginaire, de sciences, de progrès, d'aventures, de découvertes...
S.M. : ...d'innovations...
A.V. : ...le côté futuriste et à la fois ancien. On a toujours adoré cette dualité entre respecter le patrimoine, la tradition, tout en faisant des trucs plus futuristes et plus avant-gardistes.

M.F. : En mai 2015 vous avez décidé de mettre Coperni entre parenthèses pour devenir directeurs artistiques de Courrèges. Le 1er février 2019, vous relanciez Coperni. Pourquoi cette pause et ce come-back ?
A.V. : On avait envie de retrouver Coperni. On avait envie de re-raconter notre propre histoire en étant très libres. C'était extraordinaire de travailler pour Courrèges, mais on travaillait pour une maison, avec des codes à respecter. Là nous sommes hyper libres, on s’éclate !
S.M. : C'est arrivé à un moment précis. On sentait qu'il y avait une demande d'un produit assez chic, travaillé, un peu technique. Et vu qu’on adore faire ça, et que c’est ce qu'on défend, on ne s'est pas trop posé de questions !

M.F. : Avez-vous vu un changement entre le Coperni d’avant versus celui d’aujourd’hui ?
A.V. : Pas en termes de philosophie, d'ADN ou de convictions, mais plutôt en termes d'organisation. La première fois on sortait de l'école, c'était très « freestyle ». Aujourd’hui, on fait les choses de façon plus raisonnée, on prend plus de plaisir.

M.F. : Quel a été le déclic pour créer des sacs ?
S.M. : Depuis qu'on a créé Coperni, tout se fait de manière très naturelle et très spontanée. Et c'est ce qu'on aime. On n’aime pas prévoir des choses. Et le sac s'est fait de manière très instinctive. On avait cette inspiration qui était très « tech », et j'ai fait plein de recherches autour de tous les codes visuels, les emblèmes de la technologie dont le Wi-Fi, le bouton « swipe » de l’iPhone... J'ai vu ça et ça m'a tout de suite inspiré une forme. Je me suis dit pourquoi pas un sac ?

M.F. : Depuis le lancement de Coperni, les réseaux sociaux vous servent de vitrine, et en particulier Instagram. Pourquoi ce choix du digital ?
S.M. : Ce qui est sûr, c'est que nous ne sommes pas du genre à nous inspirer d'un voyage à Marrakech... On aime s’inspirer de choses que l'on a sous la main tous les jours dans notre quotidien, des outils incroyables sans limites et jouer avec. On détourne un peu les codes. Ce sont des objets et des outils qui marquent notre époque, et je trouve ça intéressant.

A.V. : Instagram est très important pour notre marque. On a fait deux projets sur lesquels on s’est éclaté. Un premier qui s’appelait « Copernize Your Life », et le deuxième s’appelait « Coperni Arcade ». L'idée, c'est d'utiliser Instagram ou de le détourner et de redonner le pouvoir à l'utilisateur. On aime bien que le client, le spectateur, puisse s'amuser et découvrir la marque par lui-même.

M.F. : En résumé, pour vous, la mode est un jeu ?
S.M. : Oui, je pense qu'il faut le prendre comme ça. Il faut la désacraliser un peu, et la rendre plus inclusive, ouverte... plus vivante. M.F : Quelle est votre pièce préférée parmi vos accessoires ?
A.V. : Le Swipe Bag, sans hésitation.

M.F. : Comment voyez-vous la mode dans 10 ans ?
A.V. : Je ne sais pas comment elle sera, j’espère qu'elle sera plus responsable, évidemment. Beaucoup de choses plus précises, plus futuristes.
S.M. : Je pense qu'on aura tous un uniforme, un peu comme avant. Dans les années où c'était de la haute couture, les femmes choisissaient une marque et elles s'habillaient tout le temps avec. Je pense qu’on va peut-être revenir à ça, à quelque chose de plus engagé...

M.F. : Et votre marque vous la voyez comment ?
S.M. : On aimerait essayer de développer encore plus de projets innovants technologiques, et techniques. On va essayer de faire ça, petit à petit. Il ne faut pas faire des projets un peu trop gadgets, et mettre de la technologie juste pour en mettre. On va prendre le temps, on se renseigne, on prend les choses à droite à gauche, et j'espère que dans 10 ans on arrivera à sortir un sac connecté que les gens utilisent vraiment.

M.F. : Le 25 février dernier, Coperni défilait pour la première fois dans le cadre de la FW. Vous avez choisi de le faire à la Station F, berceau des start-up parisiennes. Un choix de lieu pas si innocent…
A.V. : Oui. La saison dernière on avait fait une présentation à l’Apple Store des Champs-Elysées...
S.M. : ... et la Station F c’était logique. Nous étions contents d’être dans ce lieux, entourés de start-up parce que la manière dont on construit Coperni c’est un peu comme une start-up. On adorait aussi le fait de le faire dans un endroit public, un peu comme on a fait la saison dernière à l’Apple Store. Que les gens puissent regarder. C'est drôle parce que pendant le défilé, naturellement, toutes les start-up et tous les jeunes sont sortis au balcon ou à la fenêtre pour regarder le show.

M.F. : Et c’est quoi la suite ? Quels sont vos projets ?
S.M. : On s'est un peu lancés dans les défilés, donc on va continuer de proposer encore une nouvelle expérience, un nouveau show intéressant.
A.V. : On attaque les pré-collections, on a envie d’accélérer le rythme des nouveautés, des vêtements, des sacs. Plein de sacs.

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"Elegance is good taste, plus a dash of daring."

Carmel Snow